Rendre suffisantes les ressources de notre planète : rencontre avec les initiateurs de Bioregional Development en Angleterre

Sue Riddlestone et Pooran Desai, fondateurs de Bioregional DevelopmentSue Riddlestone et Pooran Desai, fondateurs de Bioregional Development
Sue Riddlestone et Pooran Desai, fondateurs de BioRegional Development
une association caritative du sud de Londres qui a reçu plusieurs prix, ont été invités à présenter leurs réalisations à Greencoat Place, le centre londonien d’Initiatives et Changement, à l'occasion d'un Greencoat Forum.

Mari et femme dans la vie, les deux pionniers voient dans le changement climatique un problème essentiellement moral. Ils se sont donné comme mission de proposer des solutions pratiques à la dégradation environnementale causée par la surconsommation de ressources. Dans leurs recherches, ils sont arrivés à cette conclusion: si tout un chacun vivait comme vivent aujourd’hui les Britanniques, il nous faudrait les ressources de trois planètes ; et cinq planètes si nous vivons comme vivent les Américains.

La situation est pire que ce que nous pensions précédemment, estiment-ils. L’action devient une priorité. « Nous ne pouvons nous contenter de poches de développement durable. Répondre au défi climatique exige que chacun d’entre nous réduise son empreinte écologique. »

Les deux chercheurs ont identifié dix principes qui permettraient un partage équitable des ressources et une haute qualité de vie. Parmi eux : réduire le gaspillage et la consommation énergétique des bâtiments, protéger l’habitat naturel, privilégier l’alimentation locale et saisonnière. Sue Riddlestone insiste sur la nécessité d’un effort de partenariat. Si les entreprises sont sérieuses dans leurs intentions, elles peuvent faire des économies en adoptant des solutions écologiques.

Parmi les initiatives lancées par Bioregional Development figure le programme « One-Planet Communities », dans le sud de Londres, pionnier dans le développement écologique du bâti, qui au-delà de ses résultats notables environnementales, a réussi à créer une atmosphère active de sociabilité entre les habitants. « En général, remarque Pooran Desai, on ne connaît guère que trois de ses voisins par leurs prénoms. Dans le programme en question, ce chiffre a été multiplié par sept. »  Le succès de cette réalisation est en train de susciter d’autres programmes du même type en Angleterre, aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde.

OneBrighton, le plus récent des programmes d’écoquartiers de la côte sud de l’Angleterre, est en train de voir s‘installer les premiers habitants. Un des aspects intéressants de cette réalisation est l’économie en places de parking. Sue Riddlestone pense que ce genre de développement servira de référence pour la politique gouvernementale.

Un des objectifs de Bioregional est de parvenir à l’utilisation optimale des ressources locales. Un des exemples cités par Desai est celui du charbon de bois qui, dans le cas de l’Angleterre, provient pour 90% de l’importation, alors que les forêts anglaises, souvent négligées, pourraient facilement répondre à la demande, ce qui économiserait émissions de CO2 et frais de transport.

Bien que Sue et Pooran reconnaissent l’importance de la loi anglaise de 1995 sur le changement climatique, ils se montrent assez critiques de la politique gouvernementale. « Trop souvent, soulignent-ils, ceux qui formulent les politiques nationales n’ont que peu d’expérience sur le terrain. Ils procèdent à de nombreuses consultations pour n’aboutir qu’à des conclusions minables. » Le gouvernement est à leur avis trop soumis à la pression du ministère des Finances. Trop grande est aussi à leurs yeux la mobilité des fonctionnaires, qui en changeant de poste emportent avec eux leur expertise.

« Nous avons tous les outils qu’il faut pour répondre au changement climatique, estime Sue Riddlestone, mais ce qu’il faut aujourd’hui, c’est la volonté collective. Nous vivons dans un monde superglobalisé mais nous perdons la qualité de confiance mutuelle. Nous sommes plus riches qu’il y a quarante ans, mais nous ne sommes pas plus heureux. » Les deux chercheurs demeurent cependant optimistes et ils lanceront un appel aux dirigeants du monde lors de leur participation au Sommet de Copenhague sur le changement climatique au mois de décembre.

Traduction : Jean-Jacques Odier

D'après un texte de Cheryl Gallagher